La pédagogie du miroir

Johanne, la lecture de ta dernière correspondance rejoint l’observation que le travail psychopédagogique que je fais sur moi, depuis plusieurs années, avec PRH m’a véritablement aidée à développer mes capacités de parent.

Auprès de mes enfants de 13 ans et 10 ans, j’observe au quotidien que mon comportement ajusté, mon écoute et le partage court de certaines expériences ont bien plus d’impact sur eux que toutes les théories, tous les discours moralisateurs ou exigences que je peux avoir.

Pour sortir de mes mauvais fonctionnements, j’ai cherché de l’aide. Je me sentais dépourvue d’efficacité et de bienveillance dans mon métier de parent. Mes recherches m’ont fait retourner à l’école du soir. J’en avais bien besoin!

J’en ai tiré des règles éducatives qui fonctionnent et, en particulier, j’ai développé ce que j’appelle la pédagogie du miroir.

  • Si j’attends de mes enfants qu’ils disent la vérité, je me dois de leur dire la vérité de façon adaptée et ne pas leur mentir.
  • Afin qu’ils développent des comportements constructeurs pour leur vie, j’ai appris à développer ces bons comportements constructeurs pour la mienne afin que ça ne reste pas des théories décollées de la réalité qui ont très peu d’impact.
  • Afin de les aider à prendre les bonnes décisions pour conduire leur vie, j’ai dû apprendre comment prendre de bonnes décisions pour conduire la mienne.
  • Afin de les aider à traverser leurs difficultés, j’ai appris à traverser les miennes en restant adulte à leur côté.
  • Afin qu’ils développent une bonne estime d’eux, j’ai demandé de l’aide pour développer une bonne estime de moi en découvrant mes forces et acceptant mes limites.
  • Afin qu’ils deviennent plus autonomes, j’ai dû développer ma propre autonomie.
  • Afin qu’ils développent leur attention et leur écoute, j’ai développé mon attention et l’écoute de ce qu’ils ont à raconter.
  • Afin qu’ils développent leur motivation, leur persévérance, leur calme et leur confiance en eux, je me suis fait aider pour développer ma motivation, ma persévérance, mon calme et la confiance en moi auprès d’eux.
  • Si je veux qu’ils se brossent les dents régulièrement, il m’arrive encore de me brosser les dents avec eux… si je veux qu’ils lisent, je lis et leur fais encore la lecture… si je veux qu’ils se détendent, je me détends avec eux… si je veux qu’ils soient heureux, je suis heureuse avec eux…

On me dit souvent que mes enfants me ressemblent!

Mais c’est à vous, enseignants, que j’aimerais poser la question qui pique ma curiosité :

Avez-vous fait l’observation que vos élèves ou vos classes finissent par vous ressembler? Avez-vous, vous aussi, l’expérience de la pédagogie du miroir?

Sophie

 

Des commentaires à propos de “5”

  1. Bravo Sophie, c’est tellement clair!! C’est la seule pédagogie qui porte fruit! Je l’ai expérimentée comme maman et comme enseignante pendant 35 ans. Parfois mes collègues avaient tellement de difficultés avec une de mes classes que je ne savais quoi dire alors que ces mêmes élèves “me mangeaient dans la main”… Et moi aussi j’ai dû aller chercher de l’aide régulièrement pour devenir l’éducatrice dont je suis fière d’être devenue!
    C’est ainsi que la graine devient champ! (allusion à ton beau livre La petite graine qui voulait devenir champ)

  2. Une belle vérité ce miroir. Je suis une femme dans la soixantaine et dans mon enfance, il y avait un règlement, les enfants ne se mélangeaient pas aux conversations des adultes, défendu. Alors on se débrouillait seule.Tout a changé avec le temps, bien contente. Félicitations à ceux et celles qui prennent le temps de comprendre, parler à leurs enfants. Ce n’est pas toujours évident mais ce qui compte c’est d’essayer. Bravo!

  3. Super témoignage qui me rejoint et m’encourage dans mon métier
    d’enseignante !
    Oui je peux confirmer ce qui est dit ici et dans ce sens je peux dire que les situations que je rencontre en classe me poussent à sortir de mon “confort”, ce que je connais pour apprendre des nouvelles façons d’être, de faire … qui construisent la personne. Je suis à la bonne école….

  4. Excellent temoignage!!! C’est la seule facon d’eduquer les enfants pour qu’ils puissent fonctionner dans une societe qui est tres portée a la confusion. Bravo!
    Continuous d’ecouter et de vivre ce miroir aimant et constructeur…

  5. Bien sûr Sophie qu’il y a un effet miroir dans une classe….j’en ai fait souvent l’expérience. Il y a une expérience américaine que j’ai le goût de partager. Un directeur attribue deux classes à deux nouveaux profs disant à l’un que c’est un groupe fort et à l’autre que ses élèves étaient plus faibles. Le hic c’est que les deux groupes étaient homogènes : avec forts,moyens et faibles. À la fin de l’année , il y avait un groupe fort et un faible. Juste le regard qu’avait posé chacun d’eux sur leurs élèves avait influencé leur façon d’être et de faire. Donc, il faut posé un regard ajusté sur les enfants (et l’être le plus possible par conséquent). Nous enseignons certes des matières académiques mais notre rôle est plus large. Notre façon d’être et de faire influence les élèves (ou étudiants). On peut facilement faire aimer ou détester une matière, inspirer ou non la sécurité, la justice, la bienveillance. Il ne faut pas non plus s’en demander trop. Il faut tout un village pour éduquer un enfant! Mais, OUI l’effet miroir existe bien. Nous sommes une sorte de modèle…un parmi d’autres.

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