Retourner sur les bancs d’école

J’ai la croyance suivante : qui j’étais comme élève a déterminé qui je suis devenue comme professeure. À mon sens, un lien intime rallie ces deux postures : l’apprentissage. J’étais une élève engagée, curieuse, quoique parfois rebelle. Je suis maintenant une prof exigeante (j’aime me croire généreuse), je pose beaucoup de questions pour aider mes étudiants (je suis un brin intense) et j’ai besoin de liberté (donnez-moi les coudées franches!).

L’apprenante en moi s’est transformée au fil des années et au gré des professeurs croisés sur mon chemin. Je prends souvent plaisir à penser à certains d’entre eux : Madeleine, Nicole, Richard, Françoise, Isis, Pierre… Ils ont su éveiller en moi le meilleur, au-delà de mes insécurités ou par-dessus la pie légendaire que j’étais en classe. Ils ont cru en moi dans les moments nécessaires, m’ont reconnue ou m’ont parfois donné une deuxième chance.

Au printemps dernier, j’ai pris la décision de terminer ma maîtrise en enseignement collégial. Cette aventure fera partie de mon paysage pour les deux prochaines années. J’ai donc la chance, en ce moment, de flirter avec l’étudiante que je suis encore, au mitan de ma vie. À la fois la même qu’auparavant et parfois si différente.

À chacun de mes cours, je porte deux chapeaux : celui de professeure et celui d’étudiante. Toutes les situations vécues en classe me ramènent dans une réalité bien importante : avoir plus d’empathie pour « mes » étudiants.

Quand le prof me parle du travail à faire et que je ne comprends pas, je me dis : « C’est ça que mes étudiants vivent quand je présente un travail. Faut que je m’applique à être claire, rassurante, structurée. » Quand le prof me demande (dans un moment de doute ou de brouillard) de lui faire confiance, je me dis : « Voilà l’inconfort que mes étudiants vivent quand ils ne comprennent pas où je veux en venir. Je leur demande de me faire confiance, alors, je dois faire confiance à mon tour. » Quand le prof me demande de rendre un travail à une date précise et que j’ai du mal à respecter l’échéance, je me dis : « Étudier et concilier la famille et le travail est un défi important. Je me dois encore plus de respecter mes étudiants dans cette réalité. »

Cette visite sur les bancs d’école me sensibilise afin de mieux comprendre le quotidien des personnes dans mes classes. Cette double posture me donne la chance de devenir consciente et présente à ce qu’elles vivent, au-delà de ce que je voudrais bien qu’elles apprennent. Il y a ma volonté et leur réalité. Entre les deux, il y a mon respect de leur cheminement, avant les notes et avant les diplômes. Cette dernière phrase me rappelle que, dans quelques semaines, j’aurai un bulletin avec des notes attribuées par quelqu’un d’autre que moi! À la vue de mes résultats, faudra que je me dise : « Mon prof applique son jugement professionnel et ma note n’est pas qui je suis. » Me revoilà avec de l’empathie pour mes positions actuelles : l’étudiante en moi et la prof! Je soupire… Le défi d’accuser la note sera de taille pour moi. Il me reste quelques semaines pour me faire à l’idée de faire confiance à l’autre. Dans le fond, le lien de confiance est véritablement l’enjeu principal entre un prof et un étudiant. Humblement, je me souhaite donc de devenir une meilleure prof en passant dans la chaise de l’étudiante.

Caroline Cloutier

professeure en Techniques de travail social

et étudiante à la maîtrise en enseignement collégial

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Source des images: Pixabay

Comments ( 3 )

  • Gaétane Paquet

    Vos étudiants ils ont de la chance d’avoir un prof tel que vous qui est capable d’être si honnête puis de l’appliquer. Bravo et bonne chance.

  • Martine

    Bonjour,
    Allô Caroline, Je retournerais bien sur le banc d’école avec toi. Tu es venue me faire revisiter les profs qui ont eu de l’impact sur moi du primaire à l’université. Ils avaient confiance en moi et j’ai aussi appris à faire confiance. Merci pour ton humilité. Cela m’invite à mon tour à utiliser cette image des deux chapeaux avec les personnes que je soutiens dans leurs apprentissages.

  • Francine Sabourin

    Combien je savoure ton texte! Beaucoup d’éléments ou d’aspects me rejoignent et combien je souhaite que des professeurs et des étudiants te lisent!
    Je considère très vrai le fait que l’on enseigne un peu comme on a appris. On peut donc se fier sur cette perspective. Je dis un peu car on essaie adopter ce qui nous a aidé et d’éviter ce qui nous a nui. Comme les parents le font aussi!
    ”Ils ont su éveiller en moi le meilleur, au-delà de mes insécurités ” heureux ces profs! Enseigner est bien plus que d’instruire qu’on le veuille ou non. C’est pour cela que je souhaite des profs bien dans leur peau à la mesure du possible et s’ils ne le sont pas, qu’ils acceptent de cheminer au moins un peu. Ils s’en porteront mieux et seront plus efficaces.”respect de leur cheminement, avant les notes et avant les diplômes.” Que oui! Il y va de nos vies et de la société bien au-delà du pouvoir et des salaires! Je suis aussi très intense en matière d’éducation. ”Dans le fond, le lien de confiance est véritablement l’enjeu principal entre un prof et un étudiant. ” On appelle cela la relation pédagogique qui favorise autant le savoir académique que le devenir au meilleur de soi et du monde! Bravo!
    ET cela s’applique autant pour ceux qui apprennent facilement que pour ceux dont le cheminement est plus laborieux! Ce n’est pas l’état des routes qui nous mène mais comment on conduit et où on va!
    Merci!

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