SE METTRE EN VACANCES

À l’heure où la fin de l’année scolaire approche, notre regard est déjà tourné vers l’horizon des vacances. Le mot vacances vient du latin vacuitas qui signifie : espace libre, absence, vacuité.

Nos enfants nous réclament de partir en vacances loin. Comme si l’éloignement était synonyme de « vraies vacances ». Dernièrement, nous avons choisi de partir à San Francisco; une parenthèse de 7 jours dans l’ordinaire de nos vies.

C’est toute une aventure que de débarquer en famille dans une ville étrangère où rien ne nous est familier, où tout est à apprivoiser : se loger, s’alimenter, s’orienter, se déplacer… tout se place principalement dans cet ordre de priorité et prend beaucoup d’énergie. C’est le minimum de sécurité nécessaire pour ensuite se lancer confiant dans l’exploration.

Guides, cartes, conseils d’amis étaient là pour donner un cadre à notre aventure. Chaque matin, nous nous levions avec les objectifs évalués plus ou moins ensemble la veille. Quand je dis plus ou moins ensemble, c’est qu’un enfant ne voyage pas avec sa tête; il ne sait pas programmer, planifier, anticiper, contrôler… Ce genre de préoccupation à 9 ans ou 12 ans est dépourvu d’intérêt. L’enfant retient et intègre son environnement par l’expérience concrète bien plus que par la théorie, les longs discours ou lectures fastidieuses.

Rapidement éreintés par le piège de vouloir trop en faire en un minimum de temps, les enfants nous ont vite fait comprendre que nous étions en train de passer à côté de la vacuité salutaire des vacances à laquelle nous aspirions tous. À ce rythme-là, il ne s’agissait plus de vacances, mais d’un marathon touristique ne laissant aucun espace à notre besoin à tous de nous recréer.

Alors s’est imposée la règle du « un seul objectif par jour » afin de laisser l’imprévu remplir librement le reste de la journée de moments surprenants et de rencontres inédites.

Rester plus longtemps pour faire la roue dans l’herbe d’un parc verdoyant, s’amuser de l’habileté d’une mouette à attraper des raisins qu’on lui lance sur le port, oublier l’heure à laquelle ferme le musée et courir sur la plage à bout de souffle, les pieds dans l’eau et les pantalons trempés. Se laisser inviter à jouer au basket par une dame chinoise de 75 ans dans un jardin public, traîner des heures dans le musée des sciences en vivant à fond quelques activités et ne faire aucun cas de tout ce que nous ne pourrons voir. S’abandonner au plaisir rafraîchissant d’un smoothie fraise-mangue en jouant tous ensemble à un jeu de construction jusqu’à ce que fatigue s’ensuive. Se laisser rejoindre par cette humanité oubliée de part et d’autre des trottoirs de San Francisco qui attirent les sans domicile parce que la misère est moins pénible au soleil. Flâner dans les jardins publics avec les marginaux, manger quand on a faim là où on se trouve, écouter les musiciens de rue comme on écoute de grands artistes, admirer l’art urbain et se laisser bouger au gré de notre inspiration sans se soucier du regard des autres.

Quand les contraintes de l’horaire sont réduites à un seul objectif par jour, le temps peut alors s’étirer à un rythme qui permet de goûter et d’enregistrer loin l’expérience par tous les sens.

C’est au travers de ces moments libres, imprévus, non contrôlés que nous avons senti le plus de joie se dégager. La joie ne se planifie pas, elle se saisit dans l’inédit de l’instant présent qui se donne sans prévenir. La joie se saisit dans l’importance que l’on donne au moment présent.

Ne plus se laisser piéger par la dictature de l’après. Se laisser remplir tout entier par chaque instant comme on entre dans un bain d’eau tiède dans lequel on se détend un moment. Chaque instant ainsi apprécié s’inscrit profondément. Mis bout à bout, ils forment le scénario des vacances qui s’inscrit dans la souplesse et la joie que l’on s’accorde chaque jour à déguster la vie qui passe.

Au final, nous avons cru amener nos enfants en vacances. Or, ce sont eux qui nous ont entraînés dans cet espace vacant de l’instant qui nous a recréés tous ensemble. Ce sont eux qui nous ont enseigné la façon ajustée de vivre les vacances entre le trop et le pas assez. Espace duquel se libère spontanéité du mouvement, joie, rire, détente, souplesse et repos de la tête.

Nous en sommes venus à la conclusion que : « le meilleur est souvent dans l’imprévu ».

C’est l’espace vacant de l’instant présent que l’on s’accorde qui, en tout lieu, fait les vacances et non la destination que l’on s’octroie. Peu importe la destination, pourvu qu’on laisse du temps au temps pour s’étirer et s’imprimer en nous.

En famille, seul, en couple ou en groupe, je vous invite à ne pas céder à la tentation du trop en faire par peur de manquer l’immanquable! Vous risquez de passer à côté de l’essentiel, à savoir le repos salutaire que procure le fait de ne plus subir les exigences d’horaires trop chargés et de trop de tensions liées à la sur-planification de chaque jour. Je vous invite à vous fixer un seul objectif par journée et à vous laisser vivre, autour de ce point central: la joie, l’imprévu et l’inédit de chaque jour.

Si vous passez l’été au Québec, n’hésitez pas à suspendre le temps et à vous mettre en vacances en participant à l’une de nos formations PRH. Vous ferez de cet imprévu une riche et belle expérience de mise en vacances. Vous partirez en voyage à la découverte de votre paysage intérieur qui vous réserve bien des surprises. À toutes étapes de votre cheminement, découvertes, émerveillement, joie et bonheur seront au rendez-vous. On ne revient pas d’un voyage comme on est parti.

À toutes et tous, je vous souhaite un excellent été, plein de joie, d’inédit et de repos. Peu importe la destination, pourvu qu’il y ait l’ivresse de l’instant présent en vacances.

Sophie Jardon, formatrice PRH

Des commentaires à propos de “6”

  1. Merci Sophie pour cette bouffée d’air vacancier! Je retiens «Un seul objectif par jour». Ça me rejoint beaucoup car je suis en vacances chez-moi, dans mon lieu de vie habituel. Même si ma maison est un chalet sis sur le bord d’une rivière, dans un lieu de villégiature en fait, le quotidien me rattrape et je n’arrive pas à me sentir totalement en vacances. Merci de me donner une nouvelle façon de voir mes vacances. 🙂 Lyse Rioux, Pointe-aux-Outardes, Côte-Nord.

    1. Bonjour Lyse, je suis très heureuse que vous soyez rejointe par cette invitation de vous fixez un seul objectif par jour. Ainsi vous autoriserez la vie et l’inattendu à répondre à votre besoin de vacances et de ressourcement. Vous pourrez choisir de vous donner du temps pour redécouvrir votre chalet, goûter au bonheur et confort qu’il vous offre et contempler sa nature environnante. Vous vous ressourcerez d’un façon nouvelle dans ce lieu connu.
      Je vous souhaite de très bonnes vacances.
      Sophie

  2. Vous lire m’a fait fait grand bien. Je quitte le Québec bientôt pour quelques semaines dans l’ouest. Séjour spécial car de là, mon conjoint de 35 années de vie commune partira en vélo vers la côte ouest des Etats-Unis, un rêve convoité depuis plusieurs années. Il part plusieurs mois. Je reviendrai donc seule au Québec poursuivre mon travail que j’adore. Puis-je vous dire combien le moment présent sera important pour nous deux durant ce voyage? Moi qui n’aime pas tout particulièrement l’imprévu, je pars avec l’intention de vivre le meilleur de moi-même dans l’imprévu. À qui le dites-vous qu’on ne revient pas comme on est parti? Un pas à la fois et dans la Foi, je vivrai cette expérience: d’être deux et par la suite, d’être seule! Expérience unique qui me fera voyager encore dans l’imprévu! Mon conjoint et moi partirons donc en voyage intérieur nous réservant chacun de belles et grandes surprises. Un délice de vous lire. Merci!

    1. Bonjour Hélène, je suis touchée de lire combien mon partage d’expérience vous a rejoint en votre vie du moment. Vous vous offrez une très belle expérience votre conjoint et vous. Celle de faire l’expérience d’assumer vos libertés réciproques qui parfois nous amènent loin, tout en restant très fermement en lien par le dedans. L’un, l’autre et ensemble vous serez transformés et affermis en votre lien par cette aventure.
      Je vous souhaite de vous ouvrir au moment présent et de goûter aux cadeaux de l’imprévu que ce voyage vous réserve à l’un et l’autre.
      Faites vous un petit carnet de voyage intérieur pour y noter votre vécu et vos découvertes.
      Bel été.
      Sophie

  3. Bonjour Sophie,

    Quand je te lis je te visualise souriante, articulée, passionnée. Vous avez des enfants “cool”, vous êtes une belle famille, car il me semble avoir déjà été témoin d’enfants vivant difficilement le moment présent, me donnant la sensation de toujours tirer les adultes vers l’avant, vers autre chose de peut-être plus stimulant…

    Durant mes vacances, j’ai essayé de perdre mon temps, “niaiser” mais voilà que j’ai manqué quelques occasions, quelques activités pour mieux profiter de ma courte période de vacances. Fatiguée, aliénée “un peu contrôlante” j’ai de la “misère” à faire des choix.
    Merci de nous partager votre joie, votre bonheur vécus en vacances et entre vous.
    Lucie Lavoie, Montréal

    1. Bonjour Lucie,
      Les enfants sont dans l’instant. C’est nous parents qui trop souvent anticipons l’instant suivant en se privant de l’instant présent avec eux.
      La planification est nécessaire mais elle doit rester souple et au service de la vie.
      Ensuite il y a à sentir et répondre à nos besoins de repos, de ralentir et s’autoriser sans se juger à “être en vacances” plutôt que “faire en vacances”. Être prend du temps autant que Faire, mais Être nous restaure en profondeur là où Faire nous laisse fatigué et insatisfait. Aussi Lucie je vous félicite d’avoir su “perdre du temps” et manquer quelques occasions de Faire pendant vos vacances pour répondre à votre besoin de repos et de lâcher prise sur le quotidien.
      Bel été Lucie.
      Sophie

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