Humaniser les soins par la qualité de la relation

Toute petite, la vie m’émerveillait : les bébés, les enfants, leur transformation. Je prenais soin de mes poupées comme si elles étaient de petits enfants.

Ma passion de prendre soin, d’accompagner l’autre a fait de moi une infirmière. D’abord, j’ai appris les meilleurs soins possibles : savoir, performer, exécuter un pansement, une perfusion… Puis, ce que j’ai appris en trente ans de pratique, c’est l’importance de la relation. Petit à petit, j’ai appris à soigner avec un regard posé sur l’humain dans sa totalité. Peu à peu, j’ai placé la personne au centre de tout. J’ai ensuite accepté d’enseigner et de transmettre mon feu, influençant mes collègues, l’équipe de soins, les étudiants. Je préconisais le travail d’équipe, mais un travail orienté sur l’humain : soigner par la relation.

Ma profession d’infirmière encourage le perfectionnisme et j’ai pris conscience que ce perfectionnisme était un piège chez moi. J’ai donc travaillé à doser mes exigences, tant envers moi qu’envers les élèves, à poser mon regard sur l’essentiel : le respect de l’humain dans la relation à travers les principes des méthodes de soins. Par mon ouverture auprès des étudiants, d’expérience en expérience, je favorisais la confiance en eux, leur intérêt à progresser, à apprendre toujours plus.

Dans mon cheminement PRH, j’ai travaillé à me connaître, à me situer au meilleur de moi pour m’exprimer, pour communiquer. Je suis entrée dans une qualité d’écoute en profondeur pour moi-même. Il devenait alors plus facile ensuite d’écouter l’autre, de porter attention à qui il est et à ce qu’il vit.

De la même façon, avec les étudiants en soins infirmiers, je me suis engagée à transmettre qu’il est essentiel de se connaître pour entrer en contact avec le patient, être à l’écoute et saisir ce qu’il vit, pour savoir comment l’aborder, quoi lui dire.

Écouter le patient même s’il ne dit rien. Demeurer là…

Un patient hospitalisé depuis quatre jours n’a pas dit un mot. Il est fermé comme une huître. Je l’ai vu entrer sur l’unité accompagné de sa femme et de sa fille de quatre ans. On m’a alors demandé d’aller auprès de lui. Personne n’avait pu échanger avec lui.

Au moment d’entrer dans sa chambre, il est couché dans son lit. Je me présente et lui dis : « Monsieur, je suis avec vous pour quinze minutes au moins. Je suis heureuse d’être avec vous. » Il se retourne vers le mur. Je demeure là, centrée sur qui il est, avec tout son bagage de vie, son histoire. Je laisse sa vie prendre toute sa place en moi, en silence. Deux minutes avant mon départ, il se retourne, ouvre les yeux, me regarde rapidement et referme les yeux. Je continue de le regarder en demeurant présente à lui. Je lui dis : « Je reviendrai cet après-midi pour être avec vous. »

En après-midi, je reviens. « Je suis bien avec vous, je suis heureuse d’être là. » Il demeure sur le dos, les yeux fermés… puis les ouvre de temps en temps. Après quelques minutes, il me dit : « Vous perdez votre temps avec moi. » Je lui réponds : « Moi, je ne sens pas cela, je suis heureuse d’être avec vous. »

Le lendemain, il est debout à la fenêtre, appuyé sur les coudes. Il regarde dehors. Je prends la même position que lui, je regarde les îles. Je lui demande s’il connaît ces îles. Il ne répond pas. Je lui dis : « Je vais vous les présenter… »Iles, fleuve, espace J’ajoute : « C’est beau la nature! J’aime le ciel bleu, le fleuve et l’espace! » Je demeure présente à lui, en silence. J’aime cet être humain que je ne connais pas. Je l’attends avec confiance en sa valeur.

Il bouge, il s’approche et place une chaise à côté de son fauteuil. Il s’assoit. Je lui demande s’il désire que je m’assoie. Il me fait un signe que oui. Je répète : « Je suis heureuse d’être avec vous. » Il s’ouvre et déballe un pan de son histoire : sa peur de petit garçon qui passait toute la soirée seul jusqu’au matin. Sa mère travaillait à l’hôtel du voisinage. Il ne dormait pas de la nuit, l’attendant. Parfois, il allumait la lumière. Sa mère lui disait de ne pas allumer la lumière en son absence. « Aujourd’hui, j’ai encore cette peur qui me paralyse. »

En partant, je lui demande comment il se sent. Il me dit : « Un peu soulagé. » Je lui promets de revenir le lendemain. Les jours suivants, il continue de se livrer.

Prendre soin avec un regard de confiance en l’autre

Suite à cette expérience, le personnel de l’hôpital et les élèves m’ont demandé comment j’étais arrivée à le faire parler. J’ai répondu : « D’abord, je n’ai rien fait. Je suis demeurée présente à cet homme en détresse, même s’il ne disait pas un mot. Je suis restée à ses côtés avec une attitude d’ouverture et de confiance en qui il était tout au fond de lui-même. »

Auprès de lui, je sentais la force de la présence gratuite en moi. Je l’ai laissée circuler sans plus. De petites gouttelettes de vie l’ont rejoint. Il a pu sentir et goûter une petite parcelle de cet amour qu’il croyait ne pas connaître, ne pas voir parce qu’il s’était fermé pour ne plus sentir la souffrance.

Prendre soin est une chose plutôt facile en soi. Mais prendre soin avec ce regard de confiance et d’espérance posé sur l’être, sur la profondeur de l’autre, exige une qualité de présence à soi et à l’autre. Ce regard fait circuler l’amour de soi à l’autre, de l’autre à soi, stimule sans cesse le courant relationnel et appelle la vie à être toujours plus.

La formation PRH permet de développer ce type de regard et de vivre son travail à partir du meilleur de soi sans s’épuiser. Pour progresser en ce sens, je vous invite à vivre l’une ou l’autre des formations suivantes : Qui suis-je?, Vivre mes relations avec lucidité et Aimer et me laisser aimer.

Diane Michaud, formatrice PRH

Des commentaires à propos de “7”

  1. Bonjour madame Michaud,

    Votre témoignagne de vie à l’écoute de l’autre et pour l’autre par le coeur m’a profondément touchée et bouleversée. Dès le début de votre exposé, je me suis sentie immédiatement interpelée par la grandeur d’âme qui se dégageait de votre propos: L’HUMANISME.

    Je ne vous connais pas et pourtant j’ai ressenti une affinité, une proximité dans les liens du coeur pour l’écoute, la tendresse et l’abandon de l’ego devant la vulnérabilité de l’autre pour l’accueillir avec humilité. Je lis tous les textes de l’écho PRH, que je trouve intéressants, mais sans plus. Le vôtre, je l’ai lu deux fois, à chacune avec autant d’émotion car vos paroles sont porteuses d’un Salut pour l’homme qui se retranche dans son mutisme, Seul l’Amour du Christ qui passe par l’humain, arrive à donner libre cours à la déchirure qui peut se produire dès la naissance et même jusqu’à notre dernier souffle.

    Merci encore pour cette très belle plume.

    Marielle Carbonneau
    Québec

  2. Je suis très touchée par ce témoignage ! C’est vraiment magnifique de voir ce que peut faire une présence qui accueille sans juger avec confiance et espérance, gratuitement !
    Merci beaucoup pour cette page de vie !

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