Je suis une aidante naturelle

Je partage mon expérience puisque j’ai la certitude que je suis loin d’être la seule personne à vivre cela. Nous serons de plus en plus nombreuses et nombreux à être confrontés à cette réalité surtout avec le vieillissement de la génération des « baby-boomers » et la prolifération de cancers et d’autres maladies qui laissent des séquelles importantes. Je vois une génération montante d’aidantes naturelles, d’aidants naturels. Parlons-en, aidons-nous !

J’habite avec une amie depuis 42 ans. Nous nous sommes accompagnées l’une l’autre toutes ces années dans nos joies et nos difficultés, avec un grand respect. Puis, le 1er avril 2003, on lui découvre un anévrisme au cerveau. Les chances qu’il n’y ait aucune séquelle sont inexistantes. L’opération a lieu et, suite à un AVC extrêmement sévère, le neurochirurgien me dit qu’elle ne pourra plus marcher, parler, etc.

Toutefois, il ne connaissait pas la détermination de Louise… Avant de quitter le centre hospitalier pour aller dans un centre de rééducation, elle peut bouger sa jambe et elle arrive à dire quelques mots… Elle continue ses progrès tout au long de son long séjour au centre. Chaque mot est une victoire, chaque mouvement une joie très grande.

Aujourd’hui, Louise est paralysée du côté droit, elle a une orthèse à la jambe qui lui permet de marcher, elle a une hémianopsie dans les deux yeux et son bras droit ne bouge plus. Elle n’arrive pas toujours à trouver ses mots pour dire ses besoins.

À son retour à la maison, que d’apprentissages à faire… pour elle et pour moi. J’apprends à décoder ses besoins et à me taire aussi pour lui laisser toute la chance de retrouver ses mots. J’apprends la différence entre faire pour elle et la laisser faire pour lui permettre de gagner toujours plus en autonomie. J’apprends à décoder ce qu’elle peut faire et à trouver des moyens pour faciliter ses apprentissages. J’apprends à devenir une aidante naturelle.

J’entends ses insécurités et ses impatiences avec, à certains moments, un sentiment d’impuissance très grand et, à d’autres instants, avec humour pour détendre l’atmosphère. Je vis mes propres frustrations face à la quantité de gens qui viennent s’occuper d’elle (accompagnatrices, femme de ménage, infirmière-gestionnaire de cas, nutritionniste, infirmiers et j’en passe). J’ai dû accepter que les ustensiles changent de place dans les tiroirs, que les serviettes soient pliées autrement, que mon stationnement soit occupé par une aide à mon retour à la maison, que notre vie tourne en rendez-vous à prendre (orthésiste, examens médicaux, médecins). Et ce n’est pas toujours à des heures qui me conviennent puisque je travaille à temps plein.

Il n’y a pas de recette miracle. Il n’y a pas une seule manière de faire. Au contraire, chacune est si unique, à la fois l’aidante et l’aidée, et c’est grâce à la formation PRH que j’ai reçue et au travail de relation d’aide qui s’en est suivi auprès de personnes qui cherchent un mieux vivre que j’ai appris par le dedans le « comment être » dans cette étape de nos vies. Un « comment être » fait d’attitudes importantes telles que aimer pour vrai, laisser à l’autre son espace d’essais et d’erreurs, respecter qui elle est de fond, prendre soin de ne pas infantiliser, croire en dépit de tout diagnostic « professionnel » qu’elle peut avancer et continuer d’évoluer.

Il y a aussi tout le réseau relationnel qui est un soutien, une présence de toutes sortes de manières, au-delà de l’imaginable même. Enfin, un lieu d’aide concret où je peux me déposer et poursuivre sur ma route d’apprentissage à continuer d’être une aidante naturelle.

Bien sûr, ce n’est pas toujours un jardin de roses. Notre vie est changée depuis cet accident. Beaucoup de deuils à vivre, des hiers de projets, des partages qui nous stimulaient dans l’ordinaire de nos vies, tous les changements à intégrer, de nouvelles attitudes à développer pour arriver à mesurer avec justesse nos routes d’apprentissages communs, d’acceptation à vivre cette nouvelle vie. Il y a tout ce que je peux faire pour l’aider et ce que je viens de partager. Il y a son énergie, sa force, son besoin d’autonomie en certains domaines. Il y a l’aide que je reçois et l’aide du système de la santé auquel elle a droit. Personnellement, je ne reçois aucune aide financière puisque nous ne sommes ni de la même famille, ni un couple. Il y a l’appui des ami(e)s et de ma famille… mais je maintiens qu’au cœur de tout cela il y a l’Amour.

Claude-Anne Beaudry, formatrice PRH

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Des commentaires à propos de “7”

  1. C’est très stimulant de lire la créativité et l’adaptation face au réel d’ une situation à laquelle je pourrais “m’imaginer” ne pas traverser. Très beau de lire combien au fond c’est l’Amour de la communication dans cette situation qui prend de l’expansion et triomphe malgré les obstacles et les apparences…merci de ce partage. Sophie Jardon

    1. Bonjour Sophie

      Oui, tu as raison : l’amour peut tout! L’important est de croire que tout est là en nous et que nous pouvons faire face à ce qui peut même paraître impossible si seulement on s’arrête et écoute ce qui est là pour y faire face.

      Claude A. Beaudry

  2. Je suis témoin que tout ce qui est exprimé dans ce message est vécu vraiment et ce dans une générosité qui jaillit de l’Amour traduit dans le plus simple des gestes. Notre cœur possède des réserves incroyables!

    Cécile Dionne

    1. Bonjour Cécile

      Comme c’est juste de dire que notre coeur possède des réserves incroyables. À travers des actions comme celles-là, nous continuons de découvrir des richesses nouvelles qui enrichissent notre personnalité et nous révèle davantage à nous-mêmes.

      Claude A. Beaudry

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