Avoir un regard aimant

Bonjour Sophie,

C’est à mon tour de me laisser porter par ta question « Qu’est-ce qui peut aider, chez les enseignants et les éducateurs, le développement de ce regard constructeur de la personnalité de l’enfant? »

Cette question me donne envie de me situer, de faire le point sur ce que je vis en tant qu’enseignante et en tant que parent, car je te dirais que c’est le même regard, celui empreint d’amour gratuit, celui qui croit en la personnalité de l’enfant, celui qui sent tout le potentiel, toutes les richesses de l’être humain qui est devant soi. C’est ce regard qui amène le respect et la reconnaissance de la personne.

Ce regard, c’est celui de l’éducatrice que je sens en moi. Personnellement, il se traduit par « être dans mes souliers » et cette expression, bien à moi, signifie que je me fais proche de mes élèves, de mes enfants, que je me fais attentive à ce qu’ils vivent au niveau émotionnel, intellectuel et comportemental, que je me fais accompagnatrice de la personne qu’ils sont.

Lorsque je suis « dans mes souliers », je suis au cœur de moi dans l’éducatrice, dans la femme de relation et d’offrande que je suis pour l’être humain, avec en toile de fond, l’amour grand, libre, gratuit.

En est-il ainsi pour tous les enseignants et tous les éducateurs? Je ne peux pas répondre pour eux et je ne peux pas dire ce qui les nourrit profondément. Cependant, il m’est possible de dire que plus je me découvre comme éducatrice, dans les couleurs qui me sont propres, plus je suis présente à l’être humain. Les apprentissages académiques faits par les enfants me stimulent, m’émerveillent, me surprennent, mais ils sont, pour moi, une composante qui participe au développement de la personnalité de l’enfant, au déploiement de toute sa personne. Je suis une éducatrice de l’être humain dans sa globalité : intellectuelle, développementale, comportementale, émotionnelle, réflective…

Ta question, Sophie, m’amène aussi à dire ce qui me fait sortir « de mes souliers » d’éducatrice. Malheureusement, je me laisse distraire par les exigences du ministère, par l’idéologie parfaite d’une réussite académique pour tous, par les temps d’évaluation formelle où nous sommes revenus aux notes en pourcentage depuis quelques années maintenant et où je me sens davantage dans un regard d’évaluatrice que d’accompagnatrice.

Il y a ces exigences extérieures à moi et il y a également mes tremblements intérieurs où mon regard est porté sur les autres, et non sur l’enfant, où je me laisse déranger par mes peurs, les jugements, mes doutes. Ces tremblements intérieurs, ces « il faut » me font sortir de mes souliers d’éducatrice. C’est triste, mais c’est aussi la vérité, ma vérité.

Je reviens donc à ta question Sophie : « Qu’est-ce qui peut aider le développement de ce regard constructeur? » J’oserais dire que le développement de la conscience de l’éducateur dans ses gestes et dans ses paroles, la connaissance de soi en tant qu’éducateur et en tant que personne, la capacité de reconnaitre ce qui donne de la vitalité en soi, l’humilité de reconnaitre ce qui en va pas et la prise en main pour amener des changements qui colleront davantage à sa propre personnalité sont autant d’éléments qui participent à développer ce regard qui construit.

J’ose également ajouter que le regard aimant sur soi permet d’avoir un regard aimant sur l’enfant et constructeur de la personnalité de l’être humain, petit ou grand.

Josée

 

Des commentaires à propos de “3”

  1. Bonjour Josée,
    En te lisant, je me sens rejointe profondément dans mon être d’éducatrice et d’accompagnatrice de la croissance de l’humain.
    Et je crois en ce regard constructeur, tel que tu le décris, selon ton vécu qui peut élever la personne à sa dignité et contribuer à son devenir.

    Merci Josée, je m’émerveille devant la beauté de ton cœur d’éducatrice.

  2. Merci pour ton si bon partage, Josée

    Tu affirmes des choses très importantes pour le mieux-être de nos enfants, et aussi de se placer dans la peau du parent ou de l’éducateur. Cela peu parfois devenir exigeant.

    Merci à toi Josée , et moi aussi je m’émerveille de ton coeur d’éducatrice

  3. Bravo ma belle Josée,

    Je reconnais la belle pédagogue et éducatrice que tu es. Les enfants qui ont la chance de t’avoir comme enseignante sont choyés.

    Merci de nous partager ta passion.

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